Japon, Culture & Co.
Japon : O-Chugen, les fruits de l’été sont arrivés…
Cela fait plusieurs années que je passais devant ce magasin de fruits, à la sortie de métro Shibuya, pas loin du Tsutaya géant et du carrefour grouillant de ce quartier, sans jamais m’y arrêter. Ce soir, j’ai enfin daigné regarder ce qu’il y avait dans la vitrine. Je me suis aussitôt retrouvée collée à celle-ci, pour photographier avec mon téléphone portable l’énorme pastèque de 70 cm de long et 14 kg (25,000 yens pour ce monstre), sa variante plus petite, mais carrée, et « l’œuf de Gozilla », encore une autre pastèque, mais à la forme très évocatrice. Pas de doute, la boutique est passée en mode « o-chugen ».
La pastèque “Oeuf de Gozilla”:

La pastèque carrée…
Japon – Tokyo : Seijin no hi 成人の日- Edition 2007
Aujourd’hui, 8 janvier (et deuxième lundi du mois), c’était Seijin no hi 成人の日, le jour où les jeunes gens qui ont 20 ans révolus sortent leur plus beaux kimonos et vont parader aux temples. En l’occurence, postée en embuscade dans les allées du parc du Meiji Jingu, j’ai surtout vu des jeunes femmes en kimono, plutôt que des jeunes hommes. A noter que je ne connais aucune de ses demoiselles, celles-ci se prêtant volontier à une séance de photos…
Japon – Kamakura: concert de Biwa

La deuxième activité de la visite de Kamakura, le 2 décembre 2006, nous a amené dans une sorte de maison de thé, niché au milieu d’un charmant japonais (un privilège aux dires des organisateurs, car c’est un endroit rarement ouvert aux visiteurs).
Après un frugal bento, nous avons eu droit à un concert de Biwa, donné par Mme Yoko Ban, plus connue dans le monde de la musique traditionnelle japonaise sous le nom de Ban Reisui. L’histoire s’intitulait « Hoichi le Sans-Oreilles » et reprenait un compte de Lafcadio Hearn.
Le Biwa
Le Biwa est un instrument originaire de l’Empire perse du 8ème siècle avant JC. Devenu luth en Occident, il fut également apporté en Chine et en Inde via la Route de la Soie, et devint respectivement Pipa et Vina. Ces deux versions du luth d’origine furent introduites en même temps au Japon, mais en visant des publics différents. Le pipa chinois s’introduisit dans la cour impériale, alors que le vina indien eut la faveur des moines, compte tenu de son influence bouddhique. Les prêtres avaient ainsi l’habitude de parcourir le pays en chantant des soutras et récitant des légendes.
L’instrument utilisé par Mme Ban était un satsuma biwa : moso-biwa (Biwa des prêtres aveugles) transformé à Satsuma (préfecture de Kagoshima) au 17ème siècle. De la taille d’une guitare, il est pourtant plus lourd, étant donné que la caisse de résonance est plus pleine qu’une guitare.
Lafcadio Hearn (Koizumi Yakumo)
Né en 1850, en Grèce d’un père irlandais et d’une mère grecque, Lafcadio Hearn s’installa en Amérique dès 1869, avant de débarquer au Japon en 1890 comme journaliste de la presse américaine. En 1891, il épousa la fille d’un samouraï, Setsu Koizumi. Décidant de se fixer définitivement dans l’archipel, il prit la nationalité japonaise en 1896 et changea son nom pour « Koizumi Yakumo » (Petite fontaine et huit nuages).
Au Japon (et à l’étranger), il est surtout connu pour « Kwaidans ou histoires et études des choses étranges », d’après les histoires populaires japonaises que sa femme lui a conté. Parmi elles, on trouve le récit de « Hoichi le sans-oreille ».
Hoichi le sans-oreille
L’histoire fait référence à la bataille de Dan-no-ura, sur le détroit de Shimonoseki, qui clôtura la longue rivalité entre les clans Heike et Genji par le massacre complet de la tribu Heike. Depuis lors, il est dit que la mer et les côtes sont hantées. Par les nuits les plus sombres, des milliers de fantômes peuplent les lieux sous forme de feux-follets et volent au-dessus des vagues. Et lorsque le vent mugit, il s’élève de l’océan une clameur pareille à celle d’une bataille…
Peu de temps après cette bataille, un aveugle nommé Hoichi s’installa dans un temple de la ville de Shimonoseki. Connu pour son talent à jouer du Biwa, il devint célèbre pour ses chants sur la légende de la haine entre les Genji et les Heike.
Par une chaude soirée d’été, Hoichi, seul, se rendit sous une véranda qui se trouvait à l’arrière du temple, et se mit à jouer de son luth, sous l’attention d’un auditoire très spécial : les fantômes des Heike.
Extraits du concert que j’ai filmé sur youtube:
Japon – culture : visite d’un atelier de sabres

Le sabre a toujours été étroitement lié au Japon et à son histoire. Il n’est plus employé pour la guerre depuis un siècle, mais la beauté de l’acier et le courbe de la lame continue de fasciner de nos jours.
A l’époque féodale, le sabre était considéré comme l’âme du samurai, et les maîtres forgerons étaient placés sous le patronage direct des seigneurs de l’époque. Cette profession se trouvait à une position élevée dans la société japonaise et était entourée d’un très grand respect. Le forgeron (kaji) travaillait dans une ambiance quasi religieuse où chaque acte de sa vie était soumis à un rituel shinto. Il devait pendant son travail mener une vie ascétique, faite d’abstinence et de purification. Pour certaines étapes cruciales, il revêtait un habit de cérémonie et l’atelier se transformait en en Sanctuaire Shinto, entouré de Shimenawa (cordes de paille sacrées). Dans cette atmosphère, aucun compromis ou inattention n’est permise; toute imperfection entraînait la destruction immédiate du sabre, au mépris des longues heures passées à la produire.
Kamakura est devenue un lieu renommé pour la forge des sabres, après l’avènement de cette ville comme capitale du Japon, en 1192, sous l’impulsion du shogoun Yorimoto Minamoto. Les sabres étaient alors longs et durs, n’étaient pas facile à utiliser et étaient facilement cassables. Un jeune forgeron nommé Goro Masamune, originaire de Sagami, inventa au début du 14ème siècle un procédé permettant de combiner deux type d’aciers, rendant ainsi la lame plus souple et plus résistante.
Les aciers utilisés pour la fabrication du sabre étaient obtenus à partir d’un sable ferrugineux, fondu par réduction directe en un bloc qui, ensuite, étant brisé et refondu en petits morceaux selon leur teneur en carbone (évaluée par l’observation de la texture à la cassure). Ces aciers de différentes duretés étaient forgées en barre; chaque lingot était allongé par martelage puis plié plusieurs fois. Ce traitement pouvait se répéter de quinze à une trentaine de fois. Les barres étaient ensuite soudées puis martelées pour être mises en forme à la longueur souhaitée. Le résultat de ce processus donnait une lame composée d’aciers de différentes duretés avec un cœur plus doux, pris entre des aciers de haute résistance.
A la période d’Edo, une dizaine de forgerons étaient connus sous le nom de Masamune, mais aucun d’entre eux n’était descendant direct du fameux Masamune. Au cours de la filiation, l’un des descendants de Goro Masamune a obtenu une haute distinction de la part du Shogun Ujitsuna Hojo, et a changé son nom pour celui de Tsunahiro Yamamura.
Le forgeron que j’ai visité samedi avec l’AFJ porte également le nom de Tsunahiro Yamamura, et est un descendant direct de Goro Masamune, de la 24ème génération. J’ai eu de la chance, car jusqu’à une époque récente, l’entrée de la forge étaient interdites aux femmes. Cette interdiction faisait référence à la jalousie maladive de la Déesse envers les autres femmes…
Le prix d’une lame coûte environ 1.9 millions de yens (auquel il faut rajouter le prix de la poignée, du fourreau de la garde, etc.). Il faut environ patienter deux à trois ans à partir de la commande pour recevoir son épée.
